Une réponse n’est pas un parcours

Lorsque nous interrogeons une IA, nous lui donnons une consigne ou lui posons une question. Et la qualité de la réponse dépend d’ailleurs en partie de la question posée.

Avant d’écrire, un auteur ou une autrice doit commencer par déterminer ce qu’il est nécessaire de transmettre sur un sujet. Son expertise lui permet de choisir les notions à présenter, de décider de l'ordre dans lequel elles vont l'être, de sélectionner les exemples, de développer certains points davantage que d'autres et de faire preuve de pédagogie.

Autrement dit, écrire un ouvrage suppose de construire une forme de parcours d'apprentissage. C’est particulièrement important lorsqu’il s’agit d’un livre professionnel. Le lecteur ou la lectrice ne cherche pas seulement une information ponctuelle. Il ou elle cherche à comprendre un sujet, à acquérir une méthode ou à disposer de repères qui lui permettront ensuite d’agir.

C’est également ce que nous recherchons lorsque nous travaillons avec nos auteurs et autrices. Un manuscrit ne doit pas seulement rassembler des informations exactes : il doit permettre de comprendre comment elles s’articulent entre elles.

Sélectionner et hiérarchiser l’information

L’information disponible n’a probablement jamais été aussi abondante ni aussi facile d’accès. Le problème est donc de moins en moins de trouver de l’information, mais plutôt de savoir laquelle retenir et comment l'intégrer à ses propres connaissances, à sa propre culture. 

De plus, un auteur ou une autrice connaît son sujet. Il ou elle peut distinguer ce qui constitue un élément fondamental de ce qui est secondaire, expliquer pourquoi une évolution est importante, la replacer dans son contexte et établir des liens avec d’autres questions professionnelles. Cette sélection est nécessairement un choix humain. Sur un même sujet, deux auteurs ne construiraient probablement pas leur ouvrage exactement de la même manière. C'est d’ailleurs ce qui fait l'intérêt d'un ouvrage : il ne restitue pas seulement de l'information, il propose aussi une manière propre de l'organiser, de la comprendre et de se l'approprier.

Savoir qui écrit

Il existe également une différence qui me paraît importante : lorsque nous ouvrons un livre, nous savons qui l’a écrit. Nous pouvons évaluer ses sources, mais aussi apprécier les informations proposées au regard de l'expérience et de la légitimité de son auteur ou de son autrice.

Aux Éditions KLOG, nous publions des professionnels qui connaissent directement les métiers, les pratiques ou les concours sur lesquels ils écrivent. Cette expérience est importante parce qu’elle permet de ne pas rester au niveau des principes généraux.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un livre est infaillible. Il peut s'y glisser une erreur, une information peut devenir obsolète, certaines pratiques évoluent rapidement. C’est d’ailleurs pourquoi nous travaillons sur les tapuscrits avec nos auteurs et autrices, nous corrigeons les ouvrages et publions de nouvelles éditions lorsqu’une simple mise à jour ne suffit plus.

Mais ce contenu est porté par un auteur ou une autrice qui en assume les choix, et par un éditeur qui a choisi de le publier. Cette responsabilité éditoriale compte.

Faut-il pour autant opposer le livre et l’IA ?

Absolument pas ! Nous avons d’ailleurs commencé à intégrer l’IA dans certains de nos ouvrages dès lors qu’elle fait désormais partie de l’environnement professionnel et des conditions d’exercice du métier auquel l’ouvrage est consacré. Nous n’interdisons pas non plus à nos auteurs et autrices de l’utiliser comme « assistant » dans l’élaboration de leur ouvrage, à condition qu’ils restent pleinement responsables de la rédaction et du contenu.

L’utilisation de l’IA peut être complémentaire à la lecture d’un livre : pour obtenir une autre définition ou une explicitation d’une notion mal comprise, pour chercher un exemple, s’entraîner, confronter différentes approches ou afin de poursuivre une recherche. Elle apporte quelque chose que le livre ne peut pas offrir : l’interaction immédiate et la possibilité d’adapter la réponse à une demande particulière.

Mais l’inverse est également vrai: un livre peut, lui, nous amener à nous poser des questions que nous n’avions pas encore envisagées.

Lire pour construire son expertise

C’est là, sans aucun doute, que le livre professionnel conserve à mes yeux tout son intérêt. Se former ne consiste pas seulement à accumuler des réponses à des questions. Il faut aussi acquérir progressivement une vision d’ensemble, relier des connaissances entre elles, comprendre les choix réalisés par d’autres professionnels, découvrir des méthodes que l’on ne connaissait pas et, parfois, remettre en cause sa propre manière de faire. La lecture demande plus de temps qu’une conversation avec une IA. Mais ce temps fait aussi partie du processus d’acquisition des informations (et des connaissances).

Je ne crois donc pas que l’arrivée de l’intelligence artificielle rende le livre professionnel inutile.

Elle nous oblige en revanche, comme éditeurs, à être sans doute encore plus exigeants sur ce qu’un livre doit apporter : une expertise identifiable, une sélection pertinente de l’information, une véritable construction intellectuelle et une valeur ajoutée que ne peut pas apporter une simple succession de réponses fournies par une IA.

C’est finalement une assez bonne raison de continuer à publier des livres.